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Illustration éditoriale : jeu Web3 et objets numériques monétisables sous le contrôle de l’ANJ

Jeux à objets numériques monétisables (JONUM)

William O'Rorke
Mis à jour le 22 octobre 2026
William O’Rorke
Associé

Un jeu en ligne qui fait obtenir par le hasard, contre paiement, des objets numériques revendables relève depuis le 7 février 2026 d’un régime expérimental : le jeu à objets numériques monétisables (JONUM), déclaré à l’Autorité nationale des jeux (ANJ). ORWL Avocats qualifie le jeu, le met en conformité et conduit le dossier jusqu’au récépissé, puis le dialogue avec l’ANJ.

Le régime vaut jusqu’en mai 2027. Il oblige l’éditeur qui s’y place à vérifier l’âge de ses joueurs, à plafonner ses récompenses et à lutter contre le blanchiment. Il ne laisse que deux voies à celui qui veut rester dehors : revoir les mécaniques du jeu ou fermer l’accès depuis la France. Dans les deux cas, la décision se prend avant le lancement.

Qu’est-ce qu’un jeu à objets numériques monétisables ?

La loi du 21 mai 2024 visant à sécuriser et à réguler l’espace numérique, dite loi SREN, autorise à titre expérimental, pour trois ans, les jeux en ligne qui réunissent quatre éléments :

  • un joueur majeur consent un sacrifice financier ;
  • l’attribution repose sur un mécanisme qui fait appel au hasard ;
  • le joueur obtient un objet numérique monétisable ;
  • il n’obtient aucun gain en monnaie.

L’objet numérique monétisable est un élément de jeu qui confère aux seuls joueurs des droits dans le jeu et que le joueur peut céder à des tiers contre paiement, directement ou par une place de marché. Un personnage, une carte, un terrain ou un équipement émis sous forme de NFT répond le plus souvent à cette définition. La loi ne vise aucune technologie : un objet tenu dans la base de l’éditeur est aussi monétisable s’il se revend.

Le décret du 4 février 2026 réserve l’expérimentation aux jeux qui proposent des interactions et une progression, dans six catégories :

  • jeux d’action et de combat ;
  • jeux d’élevage, qui font développer ou évoluer des personnages ;
  • jeux de fantaisie sportive ou hippique adossés à des compétitions ou à des courses réelles ;
  • jeux d’aventure ou de quête ;
  • jeux de gestion ou de construction ;
  • jeux de course.

Le jeu ne peut reprendre ni les mécaniques des jeux de casino, ni, hors fantaisie hippique, celles des paris hippiques. Un jeu de fantaisie sportive suppose en outre l’accord des organisateurs des compétitions ; un jeu de fantaisie hippique, un contrat avec la société de courses et le respect du calendrier officiel.

Test

Votre jeu relève-t-il du régime JONUM ?

Question 1

Le joueur paie-t-il pour jouer ou pour tenter d’obtenir l’objet ?

Non → Hors régime JONUM. Une mécanique gratuite peut toutefois relever des loteries promotionnelles.

↓ Oui

Question 2

Le hasard intervient-il dans l’attribution de l’objet ?

Non → Hors régime JONUM : vente d’un objet identifié ou jeu d’adresse. Restent le droit de la consommation et, selon l’objet, MiCA.

↓ Oui

Question 3

Le joueur peut-il céder l’objet à des tiers contre paiement ?

Non → Hors régime JONUM : jeu vidéo à achats intégrés, dont l’objet reste dans le jeu.

↓ Oui

Question 4

Le jeu relève-t-il d’une catégorie du décret, sans mécanique de casino ni gain en monnaie ?

Non → Jeu d’argent prohibé : la mécanique doit être revue (jeux, loteries et boosters).

↓ Oui

JONUM : déclaration préalable à l’ANJ et obligations du régime expérimental.

Test simplifié : chaque réponse dépend de la mécanique précise du jeu.

Jeu vidéo, JONUM ou jeu d’argent : où passe la ligne ?

Le régime JONUM est une exception. Hors de lui, un jeu payant qui fait gagner par le hasard un objet de valeur relève de la prohibition des loteries et des jeux d’argent du code de la sécurité intérieure. Un JONUM non déclaré n’est donc pas un simple jeu vidéo : c’est une offre illégale de jeu d’argent.

À l’inverse, certains choix de conception font sortir un jeu du régime :

  • rendre gratuite la mécanique aléatoire ;
  • garder l’objet dans le jeu, sans revente possible (boucle fermée) ;
  • vendre un objet identifié à l’avance plutôt qu’un tirage ;
  • fermer l’accès au jeu depuis la France.

Chacun pèse sur le modèle économique, et la frontière se tranche mécanique par mécanique. ORWL Avocats qualifie aussi les mécaniques que le régime n’accueille pas, comme les ouvertures de boosters, les loteries et les roues de récompenses, ainsi que les marchés prédictifs sur la blockchain.

Quelles obligations pour une entreprise de JONUM ?

Le régime remplace l’agrément des jeux d’argent par une déclaration, mais il en reprend l’essentiel des obligations. Elles visent l’entreprise, le joueur et l’objet.

ObligationCe que l’entreprise doit faireLivrables attendus
Déclaration préalableDéclarer l’offre avant toute ouverture au public ; avoir son siège dans l’Union européenne ou l’Espace économique européen et des responsables domiciliés en France ; signaler toute modification substantielle.Dossier de déclaration, note de présentation du jeu, plan de mise en conformité, pièces techniques.
Compte joueur et majoritéVérifier l’identité et la majorité avant d’ouvrir le compte ; un seul compte par joueur ; clôture à la demande du joueur ; synthèse de son activité toujours accessible.Parcours d’identification documenté, conditions générales et règlement du jeu, contrat avec le prestataire de vérification.
Jeu excessifFaire fixer au joueur ses limites de dépenses et de temps sur sept jours avant toute action de jeu ; offrir l’auto-exclusion de 24 heures à 12 mois ; afficher le message de mise en garde.Politique de prévention du jeu excessif, spécifications des dispositifs d’autolimitation et d’auto-exclusion.
Récompenses accessoiresAucune récompense en euros ; récompenses en nature et en crypto-actifs plafonnées ; suivi de leur valeur en équivalent euros.Grille des récompenses, analyse de qualification des monnaies et jetons du jeu, tableau de suivi des plafonds.
Place de marchéLaisser au joueur la libre disposition de ses objets ; interdire tout rachat par l’entreprise ou par les sociétés qu’elle contrôle.Règles de la place de marché, contrats avec les opérateurs de place de marché. Lire aussi : Services TCG et cartes à collectionner
Lutte contre le blanchimentClasser les risques, appliquer les mesures de vigilance, déclarer les soupçons à Tracfin et geler les avoirs, sous le contrôle de l’ANJ.Classification des risques, procédures LCB-FT, contrat d’externalisation de la vérification d’identité, formation des équipes.
Données et contrôleTenir à la disposition de l’ANJ les données sur les joueurs, les opérations et les récompenses ; les conserver cinq ans ; les transmettre sous trente jours à sa demande ; ouvrir une interface de suivi si le jeu repose sur une blockchain.Cartographie des données, procédure de transmission à l’ANJ, accès à l’interface de suivi.
Communication commercialeRespecter les restrictions de publicité des jeux d’argent ; ne viser ni les mineurs ni les joueurs auto-exclus ; ne recourir aux influenceurs que sur des plateformes qui excluent les moins de 18 ans ; ne consentir aucun prêt aux joueurs.Charte de communication, contrats avec les influenceurs et les affiliés.

Les récompenses accessoires

L’objet numérique monétisable est la récompense de principe et n’est pas plafonné. Le décret admet deux autres récompenses, à titre accessoire seulement :

  • les récompenses en nature, jusqu’à 1 000 euros par année civile, par joueur et par jeu ;
  • les crypto-actifs relevant du règlement MiCA, hors stablecoins (jetons de monnaie électronique et jetons se référant à des actifs) et hors jetons utilitaires, jusqu’à 20 % du chiffre d’affaires du jeu sur l’année civile et 25 000 euros par joueur et par an.

La valeur se mesure en euros au moment de l’obtention. Le chiffre d’affaires du jeu comprend les ventes d’objets, les autres dépenses des joueurs et les commissions perçues sur la place de marché.

Un éditeur qui veut récompenser ses joueurs avec son propre jeton doit donc d’abord le qualifier : un jeton utilitaire ne peut pas servir de récompense. ORWL Avocats qualifie aussi les jetons émis par les éditeurs au regard de MiCA.

Blockchain, place de marché et MiCA

Quand le jeu repose sur une blockchain, le joueur doit pouvoir disposer librement de ses objets et de ses récompenses, conservés sur ses propres comptes de crypto-actifs ou adresses auto-hébergées. L’entreprise ouvre à l’ANJ une interface de suivi des transactions.

Deux choix appellent une analyse au regard de MiCA :

  • le portefeuille : si l’entreprise conserve les crypto-actifs de ses joueurs, elle fournit un service de conservation qui exige l’agrément de prestataire de services sur crypto-actifs (PSCA), sauf à le confier à un prestataire agréé ; les données se conservent alors huit ans au lieu de cinq ;
  • la place de marché : l’échange d’objets contre des crypto-actifs ou des euros peut relever des services MiCA ou du droit des paiements, selon la nature de l’objet et le rôle de l’entreprise. Le NFT unique est exclu de MiCA ; un objet émis en grande série et interchangeable peut être un crypto-actif.

ORWL Avocats accompagne aussi les éditeurs dans l’agrément de PSCA, sur la qualification de leurs flux de paiement et sur le régime des NFT et des places de marché.

Déclarer son jeu à l’ANJ, puis rester conforme

L’entreprise déclare son offre à l’ANJ avant de la proposer au public. Le dossier se dépose en ligne, selon le dossier type fixé par l’Autorité, et comporte trois volets :

  • l’entreprise : siège, forme juridique, dirigeants, actionnaires de plus de 25 %, groupe et responsables de la conformité ;
  • l’offre : caractéristiques et modalités d’exploitation du jeu, qui doivent établir son rattachement à une catégorie autorisée et le respect des obligations ;
  • la technique : plateforme de jeu, générateur de nombres aléatoires, blockchain et solutions associées.

Le récépissé atteste le dépôt d’un dossier complet. Il ne vaut pas validation du jeu : l’ANJ ouvre ensuite un dialogue de mise en conformité, qui porte notamment sur les récompenses, le parcours d’identification, le dispositif de lutte contre le blanchiment et le message de mise en garde. L’entreprise lui signale sans délai toute modification substantielle du dossier.

Les contrôles et les sanctions

L’ANJ contrôle le respect de ces obligations. Le décret du 5 août 2026 a fixé les conditions de ses enquêtes, sur pièces, sur place et sous identité d’emprunt. L’Autorité peut interdire la poursuite de l’exploitation ou l’assortir de conditions, et sa commission des sanctions peut prononcer :

  • un avertissement ;
  • la suspension du jeu pour trois mois au plus ;
  • l’interdiction d’exploiter le jeu, ou d’exercer l’activité, pour trois ans au plus ;
  • une sanction de 100 000 euros au plus en cas d’informations inexactes ou d’obstruction à l’enquête.

Les manquements aux obligations de lutte contre le blanchiment, applicables depuis novembre 2025, relèvent de la Commission nationale des sanctions. Une offre non déclarée expose aux peines de l’offre illégale de jeux d’argent et au blocage du site ; la publicité en sa faveur est punie de 100 000 euros d’amende.

Un régime à durée limitée

L’expérimentation prend fin en mai 2027, trois ans après la promulgation de la loi. Le Gouvernement doit remettre au Parlement, au plus tard six mois avant ce terme, un rapport d’évaluation qui proposera les suites à donner. Le secteur a pris part à l’élaboration des textes : ORWL Avocats a contribué, avec l’ADAN, aux consultations sur les projets de décrets.

Comment ORWL Avocats accompagne un projet JONUM

La mission part du jeu tel qu’il est conçu ou déjà lancé. L’éditeur qui veut rester hors du régime s’arrête après la qualification, avec un jeu revu et une analyse écrite ; celui qui se déclare poursuit jusqu’au suivi.

Les étapes d’une mission JONUM

Étape 1

Revue du jeu

Ateliers avec l’équipe produit sur les mécaniques, les objets, la monnaie de jeu et la place de marché.

Livrables : Questionnaire, cartographie des mécaniques

Étape 2

Qualification

JONUM, jeu d’argent prohibé ou jeu hors régime ; ajustements possibles pour rester dans la catégorie voulue.

Livrables : Mémo de qualification

Étape 3

Analyse d’impact

Écarts entre le jeu et la loi, le décret et les attentes de l’ANJ ; plan d’actions daté.

Livrables : Tableau d’analyse d’impact, plan de mise en conformité

Étape 4

Mise en conformité

Rédaction des documents du jeu et des politiques ; revue des contrats avec les prestataires.

Livrables : Conditions générales, règlement du jeu, politiques LCB-FT et jeu excessif, contrats prestataires

Étape 5

Déclaration

Montage des trois volets du dossier, dépôt en ligne, réponses aux demandes de l’ANJ jusqu’au récépissé.

Livrables : Dossier de déclaration, note de présentation

Étape 6

Suivi

Dialogue de conformité, modifications substantielles, contrôles, évolution du régime après 2027.

Livrables : Notes de suivi, déclarations de modification

Pourquoi travailler avec ORWL Avocats ?

Le cabinet conseille les éditeurs de jeux Web3 depuis sa création en 2018, avant que la loi ne leur donne un statut. Il a publié en décembre 2023 un livre blanc sur la réglementation JONUM et a pris part aux consultations sur les projets de décrets. Il accompagne des éditeurs de jeux de fantaisie sportive, de gestion et de cartes à collectionner, des plateformes d’ouverture de boosters et des opérateurs de jeux d’argent qui étudient ce régime. ORWL Avocats figure au classement Leaders League 2025 des cabinets en jeux et paris en ligne et au classement Chambers FinTech.

L’avocat qualifie le jeu en droit et engage sa responsabilité sur cette analyse. Ses échanges avec l’éditeur sont couverts par le secret professionnel, ce qui compte tant que le modèle économique reste en discussion. Il rédige les documents que l’ANJ examine et porte le dossier devant elle.

Un associé conduit chaque dossier, du premier atelier sur le jeu au dialogue avec l’ANJ.

L’expertise Regulatory d’ORWL Avocats

ORWL Avocats est reconnu pour son conseil aux jeux Web3 et aux éditeurs d’objets numériques. Le cabinet accompagne les startups crypto et Web3 de la qualification de leur projet à leur conformité, y compris pour leurs NFT et leurs places de marché. Il traite aussi l’imposition de l’éditeur et de ses joueurs (Droit fiscal).

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Questions fréquentes sur le régime JONUM

Non. L’entreprise dépose une déclaration préalable auprès de l’ANJ, selon le dossier type fixé par l’Autorité.

Le récépissé atteste le dépôt d’un dossier complet ; il ne vaut pas validation du jeu, et l’ANJ peut ensuite contrôler l’offre et en interdire la poursuite. Sans déclaration, le jeu est une offre illégale de jeu d’argent.

Jamais d’euros ni d’autre monnaie ayant cours légal.

Les crypto-actifs relevant de MiCA sont admis à titre accessoire, hors stablecoins et jetons utilitaires, dans la limite de 20 % du chiffre d’affaires du jeu sur l’année civile et de 25 000 euros par joueur et par an. Les récompenses en nature sont plafonnées à 1 000 euros par an, par joueur et par jeu. Les objets numériques monétisables eux-mêmes ne sont pas plafonnés.

Ils peuvent l’être si leur contenu se cède à des tiers contre paiement, si le jeu relève d’une catégorie autorisée et si l’éditeur l’a déclaré.

Une loot box dont le contenu reste dans le jeu sort du régime. Une loot box à contenu revendable proposée sans déclaration est une offre illégale de jeu d’argent. Les cartes physiques ne sont pas des objets numériques et restent hors du régime.

Non. La loi interdit à l’entreprise, directement ou par personne interposée, et aux sociétés qu’elle contrôle d’acquérir à titre onéreux les objets qu’elle a émis.

Les règles de la place de marché et les contrats avec ses opérateurs doivent traduire cette interdiction. L’entreprise peut en revanche percevoir des commissions sur les échanges entre joueurs, qui entrent dans le chiffre d’affaires du jeu.

Pas pour le jeu lui-même. La question se pose quand l’entreprise conserve les crypto-actifs de ses joueurs ou les échange pour leur compte : ce sont des services sur crypto-actifs au sens de MiCA.

Le décret laisse au joueur la libre disposition de ses objets sur ses propres comptes ou adresses. Un portefeuille hébergé par l’entreprise porte aussi à huit ans la conservation de certaines données.

Oui, dans une certaine mesure. L’entreprise peut proposer une activité de jeu avant l’ouverture du compte, mais les objets et les récompenses ne sont définitivement acquis qu’après vérification de l’identité et de la majorité.

Elle en informe le joueur et refuse l’ouverture du compte si elle n’a pas pu vérifier son identité dans les trente jours.

Pas directement. L’entreprise doit avoir son siège dans l’Union européenne ou dans certains États de l’Espace économique européen, et désigner un ou plusieurs responsables domiciliés en France.

Un éditeur établi ailleurs crée une entité européenne ou empêche l’accès depuis la France, faute de quoi l’ANJ peut faire bloquer et déréférencer son site.

L’expérimentation dure trois ans à compter de la promulgation de la loi du 21 mai 2024. Le Gouvernement doit remettre au Parlement, au plus tard six mois avant ce terme, un rapport d’évaluation qui propose les suites à lui donner.

Sans texte nouveau, l’autorisation expérimentale prend fin et ces jeux retombent sous la prohibition des jeux d’argent.

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