
Faux courrier des impôts sur les cryptos (DAC8) : comment le reconnaître ?
Depuis septembre 2026, des détenteurs de cryptos reçoivent par la poste une fausse « mise en demeure » des impôts, au nom de la directive européenne DAC8. Elle les somme de scanner un QR code pour s’inscrire sur un « Portail des actifs numériques » qui n’existe pas : c’est une arnaque, destinée à voler leurs identifiants ou l’accès à leurs portefeuilles. Voici comment reconnaître ce faux courrier, un détecteur pour en avoir le cœur net, et ce qu’il faut faire si vous avez déjà scanné le code.
L’essentiel
- Le piège : un courrier papier imitant la Direction générale des finances publiques (DGFiP), qui invoque la directive DAC8 et renvoie, par un QR code, vers un faux site des impôts.
- La règle : aucune démarche fiscale ne passe par un « Portail des actifs numériques », par un QR code d’inscription ou par la communication d’une phrase de récupération.
- La vérification : un courrier qui figure dans votre espace particulier sur impots.gouv.fr est authentique. Tapez vous-même l’adresse du site, sans passer par le courrier.
- L’urgence : vous avez saisi votre phrase de récupération ? Transférez immédiatement vos fonds vers un nouveau portefeuille et déposez plainte.
Comment reconnaître le faux courrier des impôts sur les cryptos ?
Le courrier reprend l’identité visuelle de l’administration : bloc « République française », devise, adresse du ministère à Bercy. Il cite de vrais textes et de vraies sanctions, ce qui le rend crédible. Sept indices le trahissent pourtant. Le nom et l’adresse du destinataire ont été floutés et le QR code rendu illisible, pour qu’il ne puisse pas être scanné depuis cette page.

- Un expéditeur central et générique : « Direction générale des Finances publiques, Service des Impôts des Particuliers », à l’adresse de Bercy. Les vrais courriers viennent du service des impôts dont vous dépendez ou d’une direction de contrôle, avec leur adresse locale.
- Une référence maison (« MEC-2026-08-DAC8 ») et aucun numéro de formulaire officiel.
- L’inscription et la connexion de vos comptes sur un « Portail des actifs numériques », qui n’existe pas.
- Un QR code « sécurisé » à scanner pour accéder au portail : c’est la porte d’entrée du site frauduleux.
- Une échéance rapprochée et une « action immédiate » exigée. La date change d’une vague à l’autre ; le procédé reste le même.
- La mention « Ne pas répondre à ce courrier », qui empêche de vérifier auprès d’un agent.
- Ni interlocuteur nommé, ni téléphone, ni signature.
Le but est connu : la Police nationale a relayé l’alerte, en rappelant que le faux portail cherche à obtenir les identifiants fiscaux et la phrase de récupération du portefeuille, qui donne un accès complet aux cryptos.
Votre courrier est-il un faux ? Le détecteur
Répondez aux questions sur le courrier que vous avez reçu. Le détecteur conclut à l’arnaque lorsqu’un critère ne laisse aucun doute, et vous invite à nous transmettre le courrier dans les autres cas.
Quelques questions sur le courrier que vous avez reçu. Le détecteur s’arrête dès qu’une réponse permet de conclure. Rien de ce que vous indiquez n’est enregistré ni transmis.
Résultat indicatif, établi à partir de vos seules réponses : il ne remplace pas l’examen du courrier par un avocat. Rien de ce que vous indiquez n’est enregistré ni transmis.
À quoi ressemble un vrai courrier des impôts sur vos cryptos ?
L’administration écrit réellement aux détenteurs de cryptos, en particulier pour réclamer une déclaration de plus-values manquante ou pour annoncer un contrôle. Ces courriers ont une forme reconnaissable, très différente du faux.
| Vrai courrier (mise en demeure, avis de contrôle) | Faux courrier | |
|---|---|---|
| Expéditeur | Votre service des impôts ou une direction de contrôle, avec son adresse locale | « Service des Impôts des Particuliers », 139 rue de Bercy |
| Formulaire | Numéro du formulaire et numéro cerfa en haut à droite (par exemple 2116-SP-SD pour une mise en demeure, 3929-SD pour un avis d’examen de situation fiscale) | Aucun ; une référence maison du type « MEC-2026-08-DAC8 » |
| Interlocuteur | Encadré « Pour nous joindre » : agent nommé, téléphone, adresse électronique en @dgfip.finances.gouv.fr ; signature de l’inspecteur | Aucun agent, aucune signature ; « Ne pas répondre à ce courrier » |
| Ce qui est demandé | Déposer une déclaration précise dans un délai, ou préparer un rendez-vous de contrôle | S’inscrire sur un « Portail des actifs numériques » et y connecter ses comptes |
| Moyen de répondre | Par courrier, par téléphone ou par la messagerie de l’espace particulier | Uniquement par le QR code imprimé |
Un courrier authentique ne doit pas rester sans réponse. Une mise en demeure de déposer une déclaration, par exemple la déclaration n° 2086 des plus-values sur actifs numériques, laisse en principe trente jours : passé ce délai, l’administration peut recourir à la taxation d’office (livre des procédures fiscales, art. L. 66 et L. 67). Un avis d’examen contradictoire de la situation fiscale personnelle annonce un contrôle de vos revenus, au cours duquel vous pouvez vous faire assister d’un conseil de votre choix (LPF, art. L. 47).
ORWL Avocats accompagne aussi les contribuables dans la réponse à ces courriers et tout au long du contrôle : contrôle fiscal crypto.
DAC8 vous oblige-t-elle à vous inscrire sur un portail ?
Non. La directive (UE) 2023/2226 du 17 octobre 2023, dite DAC8, impose aux prestataires de services sur crypto-actifs de collecter et de transmettre à l’administration fiscale des informations sur les opérations de leurs clients. La collecte a commencé le 1er janvier 2026, et les premiers échanges entre administrations auront lieu en 2027. Le faux courrier se trompe d’ailleurs de calendrier, puisqu’il annonce que ces obligations « entreront en vigueur en 2027 ».
DAC8 ne crée aucune démarche pour le particulier : ni inscription, ni portail, ni connexion de comptes. Vos obligations restent celles de la déclaration annuelle de revenus : déclarer vos plus-values sur actifs numériques (formulaire n° 2086) et vos comptes ouverts à l’étranger (formulaire n° 3916-bis), y compris sur les plateformes. Voir notre guide pour déclarer ses comptes crypto à l’étranger.
Les sanctions citées par le faux courrier existent, et c’est ce qui le rend inquiétant : amende de 750 € par compte à l’étranger non déclaré (1 500 € au-delà de 50 000 €), majoration des droits, intérêt de retard de 0,20 % par mois. Si vous n’avez pas tout déclaré, la réponse n’est pas un portail, mais une régularisation dans les règles : cryptos non déclarées : risques et régularisation.
Vous avez scanné le QR code ou saisi votre phrase de récupération : que faire ?
Les premiers réflexes
- Phrase de récupération saisie ou portefeuille connecté : transférez immédiatement ce qu’il contient vers un nouveau portefeuille, créé sur un appareil sûr avec une nouvelle phrase de récupération. L’ancien portefeuille ne doit plus être utilisé.
- Identifiants impots.gouv.fr ou données bancaires saisis : changez votre mot de passe en vous connectant vous-même au site, et prévenez votre banque.
- Preuves : conservez le courrier, son enveloppe, l’adresse du site et la trace des transactions.
- Plainte et signalement : déposez plainte, et signalez le site sur internet-signalement.gouv.fr.
ORWL Avocats accompagne aussi les victimes d’escroqueries aux cryptos : demandes de gel des fonds auprès des plateformes, plainte, suivi de la procédure. Être accompagné
Avoir seulement scanné le code, sans rien saisir, expose beaucoup moins : le site n’obtient que ce que vous lui donnez. Par prudence, fermez la page, n’y revenez pas, et surveillez votre espace particulier et vos comptes.



